Mon lierre

Publié le par Moon6269

 

 

Patiemment, tu avais accroché autour de moi tes milliers de ventouses griffues.
Lianes sur mon tronc, tu ouvrais tes feuilles nourries de ma sève. Tu m'as parasitée, tu me buvais et je t'offrais mon écorce, ouverte de toutes ses fentes. Tu y as insinué toutes tes mains, tous tes membres. J'ai aimé cette aspiration.
Ma substance était ton régal ; ta croissance ma volupté.
Je grandissais pour mieux te nourrir, j'étalais ma surface sous ton emprise.
Mais j'attendais de la fusion de nos cellules un élan fulgurant, une ascension vers le plus haut du ciel, où nos bouches mélées auraient dépassé le règne végétal pour se croire oiseaux.
Que voulais-tu ?
J'aurais pu aimer aussi notre mort commune, len t pourrissement, retour au sol jour après jour, désagrégation de nos fibres unies en une même poussière. Nous aurions engraissé les mêmes insectes, fertilisé les mêmes fleurs.
Un soir d'orage aurait encore pu nous abattre, couchés ensemble sous la foudre, noircis d'un même feu.
Tu n'as pas voulu de destins parallèles, tu as voulu grandir seul, à mes dépents.
Tu avais besoin de moi, tu m'as colonisée : mon existence tout entière pour ta survie.
Déjà je ne respirais plus, recouverte de toi, inanimée sous l'ampleur de ta voracité.

Alors j'ai déplié quelque branche encore vaillante, j'ai arraché en moi, de moi, une à une, tes racines. Mutilation odieuse, condition de mon avenir. Je garderai une feuille morte de toi dans le creux de mon bois pour me défendre d'un regret.
Je gagnerai en liberté ce que je perdrai en épaisseur.
Je ne crains pas ta mort, les arbres sont nombreux qui t'attendent, inconscients.
Ma tête se relèvera, lentement, dès que tes traces sur moi auront été effacées par de nouveaux printemps.

 

 

Adieu

Ton hêtre

 

 

 

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Lanifère

Publié le par Moon6269

Je suis au chaud, lovée dans ma nuit lanifère.

 


Lanifère. Adjectif. qui porte de la laine, qui produit une matière laineuse ou cotonneuse. utilisé en botanique : les plantes lanifères

 

 

 

 

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La petite vielle

Publié le par Moon6269

La petite vieille ratatinée se sentit toute réjouie en voyant ce joli enfant à qui chacun faisait fête, à qui tout le monde voulait plaire; ce joli être, si fragile comme elle, la petite vieille, et, comme elle aussi, sans dents et sans cheveux.

Celui-là avait un teint pâle, et des pleurs souffreteux que ses proches semblaient ignorer, voyant de la vie là où elle sentait de la vulnérabilité.

Elle les avait vu passer ces nouveaux-nés de tous les temps, portés dans leurs belles robes vers les fonds baptismaux. Elle qui, dans sa froideur de pierre, aurait voulu proférer quelque parole diabolique avant de les laisser entrer à la recherche d'une rédemption bien hypothétique.

Elle avait vu passer les morts aussi, accompagnés, pleurés ou honnis, par le petit peuple des survivants, accablés ou soulagés.

Elle avait penché sa tête parfois humide sur les cortèges blancs et les cortèges noirs de début et de fin. Elle en avait lu des espoirs, des amours sincères, de vraies et plus ou moins avouables réjouissances.

Elle avait porté parfois son ombre séculaire sur ces passants qui l'ignoraient.

Elle aussi avait eu ses beaux jours, formes pleines et peau veloutée, crayeuse. Le temps avait usé ses reliefs, creusé ses traits là où elle ne l'aurait pas souhaité...

Pas un aujourd'hui ne levait les yeux, pas un à ce moment là ne la regardait, pas un n'aurait même songé qu'elle les observait, pas un n'aurait lu l'acharnement du compagnon qui lui avait donné sa si longue vie.

Seuls quelques uns, plus lents, moins happés par leurs émotions ou l'appel de quelque raison intérieure, l'apercevaient parfois. D'autres, encore plus rares, la détaillaient. Elle en avait vu un ou deux avec des jumelles, un autre l'avait dessinée très longtemps auparavant...

Elle leur montrait alors ses plus belles courbes, ses volutes érodées qui entouraient son sourire grimaçant. Elle criait de sa bouche maintenant presque orgiaque une plainte médiévale et secrète, le souffle de ses sept siècles de présence dans ce recoin de la basilique.

Le tailleur qui l'avait fait naître ici avait donné un sens à son existence de gargouille, de femme tentatrice, inattendue et aujourd'hui émoussée, sur un édifice religieux en gravant en toutes petites lettres tout autour de son socle de pierre :

"L'étude du beau est un duel où l'artiste crie de frayeur avant d'être vaincu"

 

texte écrit à partir d'un exercice de la communauté  "Ecriture ludique"
avec début et fin imposés (texte en italique)

 

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Coquillage

Publié le par Moon6269

Jérésa avançait vers la mer. Elle était un peu fatiguée car, cette année, la maison qu'elle avait louée était à plus d'un kilomètre de la plage et aller voir les marées lui demandait des allers-retours incessants.

Mais elle devait le faire car sa collecte de matériaux apportés par les flux et reflux n'avait pas encore donné de bons résultats. Quelques beaux bouts de bois blanchis par le sel qui seraient doux quand ils seraient bien secs, quelques pots de morceaux de verre polis pour les mosaïques, quelques brassées de petits coquillages qu'elle classait par couleur, une vieille clé, une chaussure à talon verte et une boite de sardines fermée.

Heureusement, il faisait beau et toutes ses trouvailles séchaient sur les bords des fenêtres de la petite maison blanche. L'odeur un peu écoeurante des algues et des poissons décomposés s'en dégageait mais elle l'aimait, mémoire de son enfance estivale sur les plages du Sénégal.

Elle arrivait vers la zone de rochers qu'elle avait repérée deux jours plus tôt. Les creux étaient de magnifiques pièges qui retenaient les objets de sa convoitise.

Avant, elle allait au plus près, en droite ligne de la maison, mais le sable avait moins de mains pour garder les trésors.

Alors elle avait poussé un peu plus au nord et le lendemain un peu plus au sud et elle avait fini par trouver une petite crique piquée de rochers, déserte et peu engageante pour les baigneurs, et elle y avait trouvé la chaussure verte qui stimulait tant son imagination.

Elle franchit la première ligne dressée comme une sentinelle. Ses sandales en plastique lui permettaient de ne pas glisser mais elle sentait parfois une pointe plus vive s'enfoncer dans la plante de son pied.

Il y avait ensuite une série de rochers moins hauts, moins serrés, avec de petits creux de sable où la mer n'arrivait pas dans les marées courantes mais qui devaient être submergés au cours des grandes marées.

Et là, alors qu'elle regardait la mer qui descendait doucement au-delà des rochers, son regard fut attiré par un coquillage merveilleux, tout à fait improbable en ces lieux. Il était clair et piqueté de taches rousses, la lèvre hérissée de pointes beiges en rayons inclinés. L'intérieur velouté d'une nacre sombre happait son attention. Elle le sentit et retrouva une vague épicée qui lui était familière et ne put s'empêcher, comme les enfants, de le mettre à l'oreille pour savoir de quelle mer il rapportait le chant.

A ce moment, sa tête se mit à tourner et elle sentit un mouvement de son corps, involontaire, incontrôlable, qu'elle ne comprenait pas. Les rochers se mirent à grandir et elle leva la main sous leur menace. La vérité lui apparut dans les grains de sable gigantesques qui l'entouraient : elle avait rapetissé sans lâcher le coquillage. Elle était maintenant minuscule.

 

"Ombre et rocher" - Alexandre Koening

texte écrit à partir d'un exercice proposé
par la
communauté "écriture ludique"

 

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Electricité

Publié le par Moon6269

 

Le courant s’échappe de mon être court-circuité

J’ai l’amour à la masse et il n’y a plus de plomb dans ma cervelle

 

 

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