Fraise sureau
Ma nouvelle confiture

Ma nouvelle confiture

(à mon grand-père)
Toi le bon et le mauvais
Je ferai une légende
Aussi de toi.
Je t'oublierai
Pour mieux te redire.
Ne meurs pas Tisserand,
Les croyances déjà te portent.
Ils t'ont fait grand,
Les tisseurs,
Ils t'ont fait roi.
Ils ont tissé les mots
Pour te draper d'une si belle vie.
Tes mains ont fait leurs bouches
Mon Généreux,
Et tu t'agites encore
Dans la trame de leurs phrases.
Moi je serre le fil
Très fort, que tu as noué
Dans ma mémoire.

Le cerveau bien mouillé
Arrosé jusqu’aux yeux
Il est là à causer
D’sa vie à qui mieux mieux
Derrière le grand comptoir
Devant les beaux miroirs
Il a vu les bouteilles en double
Il n’en finit plus de voir trouble
Quand son ordinaire
Déborde du verre.
Et la terre tournait
Tournait plus que rond
Tournait sur un pied
Comme un verre ballon
Il ne sait pas toujours
S’il est là pour la goutte
Ou pour ceux qui l’écoutent
Il boit même ses discours
C’est son chagrin qui trinque
Frappant lourd sur le zinc
Quand la vie se noie dans le rouge
Il tient droit, c’est la terre qui bouge
Bouteilles à l’envers
Il lève son verre.
Et la terre tournait
Tournait plus que rond
Tournait sur un pied
Comme un verre ballon
Les lumières du plafond
Il les voit tout au fond
Du petit blanc qui casse
Ses souv’nirs qui s’entassent
Quand le temps avance trop
Il l’arrête au bistrot
Pour pas voir les rides en surface
Pour pas voir l’av’nir qui s’efface
Noyer sa misère
Avec une dernière.
