Dominique

Publié le par Moon6269

Il n'y avait que trois endroits où je n'aurais pas voulu être.

Chez ma mère à Charleville :

« Je m'ennuie beaucoup, toujours ; je n'ai même jamais connu personne qui s'ennuyât autant que moi. »

A Louxor dans le temple avec Philippe.

« Je n'écrirai plus sur les murs qui virent la majesté. »

A Ashoqa, pas loin de Kandahar,  le jour où on a découvert les pendaisons.

« Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées, un morceau de chair tremble à leur maigre menton »

Mais aujourd'hui, je n'étais pas loin d'en ajouter un quatrième. Celui où je me trouvais.

Au moment où le réveil avait sonné, j'avais regretté d'avoir accepté ce voyage.

Ce voyage à Coëtquidan qui avait décidé de ma vie aujourd'hui...

Bien entendu la carrière militaire avait toujours été une éventualité pour moi, papa était le héros de mon enfance et ses missions, ses départs, ses retours avaient rythmé mes jours et mes rêves de fillette.

Mais le commandement... Qu'est-ce qui m'avait pris ? Qu'est-ce que j'allais faire avec ce régiment qui n'avait jamais vu une femme à sa tête ? Comment allaient-ils me regarder et quels murmures allais-je entendre dans mon dos ? Aurais-je encore à prouver qu'on peut être une femme de rigueur sans être agressive ?

Que dirais-je à tous ces journalistes qui s'extasieraient sur mon parcours ?

Qu'est-ce que j'allais surtout dire à tout le régiment aujourd'hui pour expliquer que j'allais les mener à la dissolution en si peu de temps ?

« Vous êtes heureux d'apprendre que je vais vous disperser dans d'autres unités... »

Et si je retournais au lit me plonger dans mon beau volume de la Pléiade que m'a offert Philippe avant de partir ?  Le papier bible est si doux aux mots de Rimbaud...

 

 

consigne #65 du Défi du Samedi

 

En hommage à Dominique Vitte qui a été  la première femme nommée à la tête d'un régiment de Transmissions . Son parcours ne me fait en rien rêver mais il n'en demeure pas moins impressionnant.

Les débats en commentaires de l'article du Point sont intéressants sur la place des femmes.

  

 

 

 

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Dernier homme

Publié le par Moon6269

(nuit de pleine lune)

 

Le dernier homme sur la Terre était assis tout seul dans une pièce. Il y eut un coup à la porte...

 

Tétanisé, lui qui avait bien compris que cette bombe à plasma ne pouvait avoir laissé beaucoup de vie sur la planète, il n'osait bouger. Il pensa que le vent avait soulevé un débris... Il resta assis triturant les cordons de sa combinaison. Il regrettait tellement son expérience... Bien sûr, ses théories étaient ainsi avérées mais avec qui partager ce triomphe maintenant ? Le prix de sa certitude était une épouvantable solitude.

 

Le bruit sur le devant du laboratoire se répéta. Cette fois, il sursauta !

Ce ne pouvait être une coïncidence. Il se leva, monta le bouton de volume du micro extérieur et entendit une sorte de souffle, comme un halètement... et un piétinement lourd.

Les caméras extérieures du laboratoire avaient été soufflées et seul le micro avait résisté. Il ne pouvait donc pas voir de quoi il s'agissait.

Le son qu'il entendait lui était pourtant familier mais la grande confusion dans laquelle l'explosion l'avait plongé l'empêchait de lier ce bruit à une quelconque réalité.

Il passa 4 ou 5 minutes à écouter et quand il comprit, incrédule, il se dépêtra de sa combinaison, passa sous le portique anti-radiations et ouvrit le sas. Il s'attendait à ressentir des effets secondaires, des fourmillements ou des maux de tête mais rien ne semblait se passer de tel. Il courut presque jusqu'à la grande porte, tourna le volant de déverrouillage et tira vers lui le lourd battant.

C'était bien ce qu'il avait supposé : un cheval se tenait là sur le porche bétonné, sellé, hagard et écumeux.

Comment diable avait-il pu survivre ?

Richard tenta de l'apaiser en tendant la main vers son chanfrein. L'animal recula brutalement prêt à se cabrer. Richard sifflota comme le faisait son grand-père à l'écurie. Le cheval tourna ses oreilles et sembla revenir à la conscience. Richard avança vers lui très doucement et lui flatta le col. Il lui fallut une demi-heure pour l'apprivoiser et, à ce moment-là, il put le monter. 

L'animal partit alors ventre à terre et Richard fut bien obligé d'oublier les belles attitudes apprises dans son enfance. Il se vautra sur le dos du cheval et accroché à la crinière, il ferma les yeux pour ne pas voir les obstacles qui fonçaient vers lui. Le galop dura très longtemps aux yeux de Richard qui pensait idiot de mourir maintenant d'une chute de cheval.

 

Mais la bête, épuisée sans doute, s'arrêta devant un autre bâtiment du campus, déserté de toute vie lui aussi. Richard descendit avec bonheur, étonné une fois de plus d'avoir survécu et s'approcha de l'entrée du pavillon. Il lut : Unité de Cytologie. Son cœur se mit à battre à toute allure tandis qu'il poussait la porte... Une idée venait de lui traverser l'esprit. Il entra dans les chambres froides qui avaient continué de fonctionner et trouva ce qu'il supposait être là : un grand container  cylindrique étiqueté  « stockage d'ovules ».

 

Une nouvelle série d'expériences allait être nécessaire mais lui seul serait le cobaye cette fois...

 

 

 

Défi #64 du Défi du samedi

 

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Bodhgaya, haï-kus à l'indienne

Publié le par Moon6269

Bodhgaya, Bihar  Inde

 

 

 

 

Elle sèche la flaque de boue

Le buffle y est couché

Seule sa tête émerge.

 

 

La pluie est tombée à l'est

Le lit de la rivière est encore trop grand

Pour le peu d'eau qui gargouille.

 

 

La rivière est là pour quelques jours

L'éléphant n'est plus au bord

Il a laissé la pierre qui attachait sa patte.

 

 

Le vieux moine est courbé au dessus de sa canne

La grotte de Buddha était si basse.

 

 

La fête est de l'autre côté de la rivière

Elles remontent haut leur sari rouge

Les villageoises.

 

 

C'est une monotone psalmodie

Du moine chinois

Qui pointe son doigt

Vers la boite à donation.

 

 

La broderie anglaise a de beaux trous

Sur la peau noire

Des pèlerines du Sri Lanka.

 

 

La feuille du figuier sacré

Est tombée dans mon cahier

J'attends l'éveil.

 

petit carnet de voyage écrit pour la consigne 63 du Défi du samedi

 

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Once in a blue moon

Publié le par Moon6269

Once in a blue moon. idiome anglais qui veut dire très rarement


exemple : "L'auteur de ce blog écrit once in a blue moon"

 

 

de 1 mn 26 à 2 mn 20

 

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Epitaphe à une amie athée

Publié le par Moon6269

Qu'il n'y ait rien après, c'est probable...

Nous qui aurons cherché un sens toute notre vie,

Nous qui aurons traversé les crises en nous raccrochant à quelque trivial espoir,

Nous aurons épuisé notre paix aux toxines des religions,

Piquetée qu'elle était des épines de quelque réservoir d'interdits et de fautes.

 

Je te pleure aujourd'hui, amie de l'incrédulité, partie vers le paisible néant...

Toi qui as toujours refusé le superflu des croyances

Toi qui as su jouer de ce vide de foi

En tentant de suivre d'autres  routes.

Je suis là aujourd'hui pour continuer sans toi à crier :

Qu'il n'est pas besoin de dieu pour vivre...

Qu'il n'y a rien à défendre, rien à venger...

Que la vie était ton unique cadeau...

Trésor que tu as clairement partagé

Sans chercher à thésauriser.

 

La vie t'a cyniquement abandonnée

Comme évaporée dans le peu d'épaisseur que d'autres lui donnent

Préférant croire à la suivante.

La vie, ta vie, celle qui t'a mue inlassablement,

Dans l'épuisement des autres parfois,

Ce grand passage de tes élans,

Ta vie, a creusé des sillons, la trace de tes pas dans nos vies

Que nous porterons un peu plus loin

Vers la vie des autres.

Tu vis, là, au sein de nous, seulement, tellement.

 

 

 

 

Ce texte, écrit  en 2009 en pensant à elle dont je savais la fin proche, ce texte, je l'ai lu lors de la cérémonie civile qui a eu lieu quelques jours après son décès.

Suzanne, je t'aime, et le vent, comme dans les drapeaux tibétains, emportera mes mots pour cette dernière caresse.

 

 

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