Haïku d'hiver
Dans la haie brumeuse
Le givre a brodé les feuilles
Petits points d'épine
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Pleine lune de jour 1
Notre fête
Nous, les multicolores au ventre d’hélium, nous vous avons vu passer, tous, ce jour-là.
Vous êtes venus par deux, par vingt, par époque, par loisir faire des photos parmi nous.
Peu d’entre vous ont résisté à l’envie de nous tirer par la ficelle.
Nous dansions au gré de vos mouvements, de vos humeurs. Nous avons entendu les musiciens, les éclats de voix et de rire.
Nous avons vu les yeux humides de c eux qui savaient se retrouver pour la dernière fois. Quatre-vingts ans, c’est du temps derrière soi, les années suivantes nous l’ont prouvé.
D’ailleurs parmi nous aussi il y a eu des pertes : Nœud mal fait, dégonflage, frottements sur le pisé, rares enfants nous emportant …
Nous avons entendu trinquer les verres et les ans, trinquer les souvenirs saillants ou estompés, trinquer les liens maintenus ou réinventés.
Nous avons vu trois enfants, trois petits enfants, des sœurs, des frères, des neveux, des nièces, heureux de vous entourer une fois encore, de croire qu’il y en aurait d’autres.
Nous savions que les enfants avaient tout organisé, longuement, avec l’obstination de ceux qui savent le précieux de l’instant.
Nous avons dansé comme vous, vibré comme vous, nos couleurs communicatives pour vos sentiments. Vous nous avez touchés comme vous vous touchiez pour saisir cet instant de gaité et d’oubli.
Nous les ballons, nous avons aimé être de votre fête.
Souffleur
Il m’a fait entrer après un couplet de précautions : le danger, la chaleur, la fragilité.
Puis il a ajusté la puissance du four, domptant le rougeoiement,
Une première poste a nappé l’embout de l’outil, lumineuse, sans couleur annoncée. Il a empoigné la canne, son bâton de majorette, avec habileté.
Rouler, rouler pour donner la base, la direction. Balancer la canne, pour s’aider de la pesanteur.
Et, à l’autre bout, il souffle, faisant naitre une bulle en expansion, et bouche la canne de son pouce. L’air va faire son œuvre sans lui.
Il me dit les mots, tout en travaillant.
La poste se glisse dans la mailloche en bois et il tourne, tourne. Les outils saisissent la matière fondue. Il coupe là, tire ici, pince, souffle encore ; des gestes clairs, volontaires, précis.
Il réchauffe la pièce dans le four. Il la roule dans la potasse.
Avait-il déjà fait cette forme ou se laissait-il guider par la dictature de la température, par l’humeur de son matin ou par son imagination ?
Il remet de la matière fondue sur le verre formé, il souffle encore, faisant naitre une nouvelle partie, abdomen transparent. Il pique, tire, dirige les filaments. Il dépose un pigment, le chauffe. Il parait ne penser à rien d’autre qu’à guider le verre, cette fois jaune.
Son visage perlé de sueur est éclairé par la lueur du four dans l’atelier si chaud mais sombre, comme si la seule lumière devait jaillir du verre.
Il n’a pas l’air surpris de l’émergence des arrondis, des picots, des coulures, il souffle, il façonne. Rien ne casse, tout s’étire, s’effile.
Et quand il a terminé sa pièce, il tranche, la sépare, presque soulagé, de la canne et la pose sur une sellette devant le four. Les couleurs explosent alors, leurs fondus, leurs petites bulles. Il relève la tête, fier de l’art au bout de ses poumons.
Image par Gauthier Pous de Pixabay


