Epitaphe à une amie athée
Qu'il n'y ait rien après, c'est probable...
Nous qui aurons cherché un sens toute notre vie,
Nous qui aurons traversé les crises en nous raccrochant à quelque trivial espoir,
Nous aurons épuisé notre paix aux toxines des religions,
Piquetée qu'elle était des épines de quelque réservoir d'interdits et de fautes.
Je te pleure aujourd'hui, amie de l'incrédulité, partie vers le paisible néant...
Toi qui as toujours refusé le superflu des croyances
Toi qui as su jouer de ce vide de foi
En tentant de suivre d'autres routes.
Je suis là aujourd'hui pour continuer sans toi à crier :
Qu'il n'est pas besoin de dieu pour vivre...
Qu'il n'y a rien à défendre, rien à venger...
Que la vie était ton unique cadeau...
Trésor que tu as clairement partagé
Sans chercher à thésauriser.
La vie t'a cyniquement abandonnée
Comme évaporée dans le peu d'épaisseur que d'autres lui donnent
Préférant croire à la suivante.
La vie, ta vie, celle qui t'a mue inlassablement,
Dans l'épuisement des autres parfois,
Ce grand passage de tes élans,
Ta vie, a creusé des sillons, la trace de tes pas dans nos vies
Que nous porterons un peu plus loin
Vers la vie des autres.
Tu vis, là, au sein de nous, seulement, tellement.

Ce texte, écrit en 2009 en pensant à elle dont je savais la fin proche, ce texte, je l'ai lu lors de la cérémonie civile qui a eu lieu quelques jours après son décès.
Suzanne, je t'aime, et le vent, comme dans les drapeaux tibétains, emportera mes mots pour cette dernière caresse.