Le testament du calligraphe

Publié le par Moon6269

On a retrouvé dans une maison de Fès le testament du calligraphe  Abd al Karim al Zahrani. Seules quelques parties de ce texte subsistent, le reste ayant été masqué par des taches d'encre répandue sur le papier.

 

12 Rajab de l'an 1122 de l'Hégire

 

Mon fils,

 

L'encre de ma vie disparait à présent. La page redeviendra bientôt blanche et le papier finira par retomber en poussière. Le royaume des lettres sacrées m'attend à présent.

Je peux partir puisque j'ai fini il y a deux mois le Mumyat al Abir que j'avais commencé il y a longtemps. L'interprétation des rêves par Ibn Jabir al Gassani, son auteur, a grandement stimulé mon imaginaire et les enluminures de ce texte sont, je crois, les plus belles que j'ai jamais faites.

Je veux avant de m'éteindre te donner quelques uns de mes secrets...

 

.... choisir ton papier.  Te souviens tu comment je le choisissais ? En le caressant, les yeux fermés, j'écoutais son bruit. Je crois que je peux reconnaitre l'origine de chaque papier à l'oreille. Comment te dire ?

Celui de Fès, la ville aux quatre cents moulins à papier,  a le son le plus beau : fshssssshhht, comme un souffle de vierge endormie.

Celui de Sebta chante au crépuscule comme les martinets. Il dit : hisssssssshhhhhhhhhh

Celui des Andalous de Jativa accroche ton oreille au début mais donne sa douceur ensuite, femme vaincue : crefffffffffffffshhhhhhsh

Et celui de Fabriano, lisse mais sec, que je gardais pour les ouvrages mineurs, soupirait avant tout, comme une vieille lavandière : ffffffffffffffffffffffft

Les autres papiers ne sont qu'ombres et froissements aux mots de nos grands penseurs.

Les unis de Fès, au grain si velouté, aux fibres ordonnées siéent bien au regard de ton enluminure, ils apportent la lumière qui forcera ton or et tendra ton lapis.

Tu pourras y poser tes couleurs pierres, terres, bêtes et plantes sans que les contours ne fusent ou se mélangent.

Tes titres, ors ou blancs, s'y dresseront en toute majesté au cœur des ......

 

... le plaisir d'avoir dans ta main le qalam, roseau poussé au bord de l'oued.

Tu as appris à le préparer et le tailler mais n'oublie pas que tu dois choisir pour chaque texte si tu privilégies l'un ou l'autre de ses becs : le sauvage à droite, l'humain à gauche. Pour les textes sacrés équilibre-les, mais pour la philosophie insiste sur le bec gauche, pour la poésie sur le bec droit.

N'oublie pas l'adage qui dit "Mets souvent ton qalam sur ton oreille, il te dictera ce que tu dois écrire".

Sache aussi que, même si j'ai vénéré mes qalams,  j'ai emprunté aux infidèles quelques unes de leurs plumes qui ont donné à mes livres un tour que n'avaient pas mes amis calligraphes.

C'est un lettré de France, voyageant en nos contrées, qui m'a appris que les plumes de corbeau, de coq de bruyère et de canard étaient utilisées pour les écritures fines alors que les plumes de vautour et d'aigle magnifiaient les écritures à traits épais.

Il me reste quelques exemplaires de chacune, qu'un marchand juif m'a rapportées et tu les trouveras...

 

 

...tes couleurs avec amour.

Comme soleil et lune alternent au ciel béni, place tes couleurs côte à côte car le bleu exalte l'orange, le vert soutient le pourpre.

Mais la couleur de l'ornement, la lumière sur les mots, c'est ton or que tu prépareras avec grand soin.

C'est la couleur du beau, du grand.

Rappelle toi que l'on disait du vizir Jafar El Barkami qu'il était beau comme l'or que le doreur étalait sur le livre.

Les arabesques soulignées d'or entraineront l'œil du lecteur dans leur tourbillon et ...

 

 

Son fils Al Majoub al Fasi fut l'un des meilleurs calligraphes du sultan Mohamed Ben Abdallah qui lui commanda sept versions du Coran.

 

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 Défi #90 des défis du samedi

 

 

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Attraction universelle

Publié le par Moon6269

 

   Elle lui tendit la pomme qu'elle venait de cueillir sur l'arbre défendu dont les fruits accrochaient les rayons du soleil.

   Il allait la saisir quand il porta une main à sa poitrine, brusquement. Une douleur vive écrasait son cœur et hachait son souffle. Eve lâcha le fruit qui roula sous un buisson d'aubépine. Elle se précipita vers Adam.

   " Encore une de ses crises d'angoisse, pensait-elle. C'est tout de même la troisième de la semaine, il faut absolument qu'on trouve ces clés... "

En effet, Adam supportait mal de devoir avouer à Dieu, quand il rentrerait, qu'ils avaient égaré les clés du Paradis. Il les leur avait confiées avec un sourire empreint de sa bonté habituelle, en leur disant :

   -  Voilà, pendant quinze jours vous serez les maitres ici ! Nous partons tous visiter un de nos chantiers. Je vous confie la boutique, vous fermerez derrière moi.

    -  Attention au pommier, avait-il ajouté de loin, sans que le moindre doute n'ait l'air de troubler sa confiance éclairée.

 

   Ils avaient tourné les sept clés dans les sept serrures et avaient attaché le trousseau à la queue d'une créature bondissante qui passait par là... pour rire, juste pour entendre le bruit et suivre sa réaction. Elle avait d'ailleurs été vive la réaction ! La bestiole avait sauté un peu plus haut, un peu plus loin et, en quelques bonds, avait disparu.

   Depuis, ils avaient exploré le moindre recoin, retrouvé  la bête qui n'avait plus rien sur la queue, un peu déplumée par ailleurs, et qui ignorait le moment et l'endroit où elle avait perdu son trophée. Vexée par cette plaisanterie puérile, elle ne se montrait  guère coopérative.

 

   Dès le premier soir Adam eut sa première crise. Il pâlit et s'écroula. Eve dut trouver une méthode pour lui redonner vie. Elle en essaya plusieurs mais la seule qui se montra efficace consistait en quelques contacts assez vifs de la paume de sa main sur les joues de son compagnon, ce qu'elle trouva amusant.  Il ouvrit un œil , puis l'autre et exprima sa surprise concernant la situation. Il ne se souvenait plus de rien. Eve retraça l'histoire en quelques mots mais le soir tombé interrompit les recherches.

 

   La deuxième crise eut lieu après l'inspection minutieuse par les rampants de chaque brin d'herbe, et plaque de mousse, par les volants  de chaque arbre et colline, par les nageants de chaque ruisseau et lac, bref de chaque parcelle du Paradis par les créatures vivantes qui avaient toutes été mises en alerte et avaient gentiment offert leur aide.

Le plaisir qu'Eve prenait à expérimenter  les méthodes de réanimation fut alors terni par l'inquiétude qu'elle commençait à partager avec Adam. Elle ne se faisait pas vraiment de souci pour Dieu et les anges -ce n'était pas une porte qui allait les arrêter - mais l'événement n'allait-il pas entamer la confiance inconditionnelle que Dieu leur accordait ?

 

   Ils avaient ensuite attendu, impuissants, jusqu'à ce moment où Eve, pour tenter de distraire Adam de sa morosité avait eu l'idée de tester l'arbre défendu...

La connaissance qu'apportaient ses fruits ( Dieu leur avait expliqué qu'elle rendait les choses et les phénomènes comme transparents ) ne leur permettrait-elle pas de retrouver les clés ?

 

   Elle réussit à rattraper Adam avant qu'il ne touche le sol et lui caressa délicatement le visage, ayant oublié toute autre méthode. Ils en étaient là quand une clé tourna dans la première serrure, puis dans la suivante, et ainsi de suite jusqu'à ce que Dieu apparaisse, un pansement sur son beau front ridé. Il avait le trousseau à la main.

 

   -  Mes enfants, mes pauvres enfants... J'étais sur une nouvelle planète en train de mettre au point un mélange de gaz et j'utilisais comme d'habitude ma grande pince toute puissante quand un objet m'est tombé dessus. Gabriel l'a ramassé : c'étaient les clés du Paradis !

Il m'a soigné et nous sommes vite rentrés. Je crois qu'il s'en est fallu de peu que vous ne commettiez une bêtise irréparable...

   -  Mon Dieu, attendez, je vais tout vous expliquer, bafouilla Adam.

   -  Non mon fils, tout est de ma faute ! Sur ma pince, j'expérimentais un nouvel aimant qui devait faire en sorte que tous les êtres animés soient attirés par moi, enfin, vous voyez ? intéressés par moi... Ce n'est pas très concluant puisque seule les clés ont répondu à l'appel, mais un jour, j'y arriverai !"

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Ivresse des cimes

Publié le par Moon6269

Dix jours que nous tenons dans ce vent terrible... La lumière sur les sommets est sidérante. Mais que c'est dur ! Le camp 1 a été atteint sans difficulté, nous avons tous une solide expérience.

De là nous sommes montés en journée et redescendus pour dormir afin de  dompter les globules rouges !

L'ingénieur météo nous a ensuite annoncé une accalmie et nous en avons profité pour rejoindre le camp 2 à 6400 m. La face sud sera impossible : trop de glace ! Je dois renoncer encore une fois...

Avec Ed, nous décidons de tenter la grande arête Est et nous atteignons le camp 3 où il faut refaire la préparation finale. On nous prédit 3 jours sans vent, il faut partir maintenant.

Un peu mal à la tête le jour du départ mais je me dis que je n'ai pas assez dormi, c'est tout.

L'arrête semble interminable et le bivouac à 7400 est le bienvenu. Je parle par radio avec  Kristina à Katmandu. Elle me dit que tout va bien pour elle. Elle a hâte que je redescende.  J'avoue que moi aussi. Je pense à Phil qui doit être content, de là haut. Tu vois Phil, je suis revenu. Tu n'es pas tombé pour rien. Si j'arrive en haut, je marquerai ton nom dans la neige.

Bon sang, j'ai peur, le parcours qui nous reste est pourri : pas de neige, de la roche de mauvaise qualité. Ed a l'air plus en forme que moi. Il a bon moral.

Bivouac à 7900. C'est pour demain.

Quand Ed m'a réveillé, j'ai regardé l'heure. Je n'arrivais pas à comprendre la position des aiguilles. Je ne lui ai pas dit. Nous avons attaqué aux piolets. Quel bruit, mes oreilles sont un peu cotonneuses !

Tiens mon gant est tombé quand j'ai attrapé à boire. Ed est au dessus. Il me regarde et me demande pourquoi je n'ai pas sorti un autre gant...  J'en ai un autre ? Ed me dit qu'il faut redescendre, que je n'y arriverai pas. Je ris bien ! T'es fou ? Il nous reste 150 mètres. De merde d'accord ! Allez, avance ! je crie dans le vent. Le vent ? Ah ben oui tiens, il est revenu... Mon crampon a glissé. Qu'est-ce que je dois faire ? Ed a l'air inquiet. Je me demande pourquoi... Je pensais pas que 150 mètres, c'était si long.

Ah, ah, 150 m aux calanques ! Jolie mer en dessous, on ferait bien un petit plongeon, non ? Allez chiche ?

 

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Dix jours que je suis dans cet hôtel bruyant. Je n'en peux plus ! La prochaine fois, je resterai en France pour l'attendre. Enfin, non je suis idiote, ça me fait plaisir de penser que je le retrouverai très vite après le sommet et que nous serons ensemble pour partager sa victoire. Pas comme la dernière fois où je voyais sa photo de partout, ses images à la télévision mais qu'il a fallu patienter quinze jours pour qu'il soit dans mes bras.

Je lui ai donné les bulletins météo au début mais là, je n'ai plus de nouvelles depuis leur départ du camp 3. Grégoire m'a appelée du camp de base pour me dire que les bivouacs avaient l'air de bien se passer.

Je ne sais plus quoi faire de mes journées, j'ai testé toutes sortes de nourriture : les momos tibétains, la pizza italienne de Maximo, les dal baths népalis, les pancakes du café américain... Je vais prendre trois kilos si je continue. Je voudrais bien avoir des nouvelles...

Je suis même allée tourner le moulin à prières du temple tibétain voisin et je regarde par la fenêtre les cerfs volants des enfants au dessus des toits.

Tiens, si je goutais à la boulette que Paul m'a trouvée hier. Il est gentil, il m'a dit : tiens si tu veux faire redescendre le stress, essaie ça ! Je suis pas experte en roulage moi. D'habitude, j'ai un homme pour ça. Mais bon, j'arrive à faire un petit truc un peu tordu avec deux feuilles. Ca sent super bon, on en mangerait ! Mon doudou, tiens bon là-haut ! Tu es bientôt au bout de tes rêves. Tu dois penser à Philippe.

Ouch ! C'est fort ce machin ! Oh, j'avais pas remarqué le gecko au dessus de moi au plafond. T'as raison mon gars, bouffe les moustiques !  Ce foulard de soie que j'ai acheté au marché hier, il me semblait pas  qu'il était si doux ? Je te le mettrai autour du cou quand tu arriveras, comme les Tibétains... Il fait chaud, non ? Non remarque, il y a à nouveau du vent. J'espère les cerfs volants vont pas emporter les geckos trop haut. Moi, j'aimerais bien voir un gecko sur une trottinette  mais parfois ce sont les libellules qui étendent leurs grandes ailes comme des foulards de soie.

Mais c'est quoi ce bruit ? Y'a de la musique à côté ? Non c'est assez près... J'ai pas allumé la télé ? Mais non, c'est mon portable ! Allo ! Qui c'est ? Tombé ?

 

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Une fois n'est pas coutume, je mets le lien vers la photo en taille originale (il suffit de cliquer sur la photo) qui est si belle qu'elle résume mes voeux pour vous tous en ce début d'année. Hauteur, lumière et vent qui chasse les scories !

 

D'autres magnifiques photos sur le site de ce "Global Nomad"

 

Consigne #87 des défis du Samedi

 

 

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Cher Père Noël

Publié le par Moon6269

Ta tournée est finie, tu dois être rentré à présent. Cette année encore tu as dû bien rire sous cape  en voyant les lettres démesurées des enfants pourris-gâtés qui veulent tout ce que la télé leur rend indispensable.

 

En catimini, tu regardes les pubs pour voir les tendances et tu t'amuses à déposer dans leurs chaussons les jouets en bois qu'ils n'ont même pas imaginés, les nains jaunes pour jouer autrement que compulsivement devant un écran solitaire.

 

Heureusement la tradition demeure du verre de rhum qui t'attend dans chaque maison et j'ai bien vu que dès que tu es un peu pompette, tu laisses un peu plus de billes en terre et de dinette en porcelaine.

 

Et hier, quand les Kévin et Samantha ont ouvert leurs paquets, tu as dû boire du petit lait en voyant leurs mines dépitées alors qu'ils tentaient de comprendre ce qui s'était passé et surtout où était passé le plastique coloré et en général bruyant...

 

Cette année, tu as fait vraiment fort, j'ai bien ri en voyant mes neveux qui se sont forcés à venir me voir rien que pour déchirer en trois secondes leur paquet au pied du sapin. Je ne sais pas s'ils vont revenir l'an prochain !

 

Alors, j'ai réfléchi longtemps pour te trouver une idée de cadeau et de fil en aiguille, voilà un petit caleçon de bain tricoté par mes soins pour tes vacances d'été à Hammamet.

 

Tati Cannelle qui t'aime beaucoup

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Défi 86 des défis du samedi

 

 

 

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