conte

Jarod et les bestioles

Publié le par Moon6269

Jarod était un ogre terrible qui sévissait dans notre région depuis au moins soixante ans. Il dévorait, dévorait comme tout ogre qui se respecte.  Mais croyez-vous que c'était un enfant rôti son plat préféré ? Non !  Un papa à la broche alors ?  Pas plus ! Une maman en vinaigrette ? Toujours pas !

 

 

Jarod adorait les bestioles !

 

 Mille-pattes, cafards, fourmis, coccinelles, punaises, mouches, abeilles, gendarmes,  libellules, au petit déjeuner, craquants sur une énorme tartine.

Grillons, termites, papillons, moustiques, pince-oreilles, chrysomèles, sauterelles, araignées au déjeuner, en de bons gratins fumants qu'il se faisait cuire dans un creux de sa grotte.

Blattes, fourmilions, cétoines, guêpes, taons, phasmes, cigales, puces, taupins, leptures au diner, en soupe épaisse ou en simple sandwich.

 

Au début, on avait été plutôt ravi de le voir engouffrer des quantités phénoménales de ces bêtes que chacun craignait ou au mieux ignorait. Mais maintenant, c'était un véritable fléau.

Plus un bruit dans la nature, pas la plus petite vibration, pas la moindre stridulation.

 Les oiseaux, ne trouvant plus rien à manger, avaient déserté la région.

Les fleurs et les fruits eux-mêmes étaient tentés de disparaitre car seul le vent acceptait encore de transporter le pollen.

Inutile de dire que les hommes avaient oublié le goût suave du miel, que seuls les grands-parents pouvaient encore décrire.

 

Pourtant personne n'agissait dans ce silence étouffant. Les humains calculaient combien de temps restait à vivre à Jarod, priant secrètement que quelques espèces lui survivraient.

Les mammifères ne voyaient pas encore ce qui les menaçait, les oiseaux n'étaient plus là pour prendre la parole.

Un grand conciliabule des ultimes bestioles eut lieu un soir de pleine lune dans la forêt de Fléchère où de grands arbres offraient encore quelques cachettes. Il fut décidé d'agir et l'on fomenta un complot contre le monstre dévoreur.

La dernière fourmilière eut pour mission de l'attirer dans la forêt en formant une longue chaine. Les termites creusèrent un arbre très soigneusement sans abimer ni l'écorce, ni les branches. Les abeilles, au prix d'efforts prodigieux, battirent un essaim au sommet de l'arbre, les épeires tissèrent à qui mieux mieux de belles toiles au bout des branches, enroulées et solidement fixées. Tous les autres bourdonnant, zinzinant, craquetant, se massèrent aux abords de l'arbre ou sur son tronc.

On savait que si le plan échouait, il en serait fini des derniers représentants.

Mais tout fonctionna à merveille : Jarod  ne croyant pas ses yeux à la vue de la colonne de fourmis, avança à quatre pattes vers la forêt, léchant le sol comme s'il se fut agi d'une trainée de caramel. Il arriva donc au pied du grand arbre où un concert se fit entendre dans les hauteurs. Jarod était comme fou, il y avait si longtemps qu'un tel menu, varié et abondant ne s'était offert à lui ! Ne résistant pas à la tentation, il grimpa dans l'arbre pour saisir tout ce qui volait. Arrivé à la dernière portion du fût, là où les branches se séparaient, il subit une attaque en règle de tout ce qui piquait. Sa peau tannée lui permit de tenir un instant mais bientôt les démangeaisons et brulures devinrent trop étalées et trop fortes : Jarod se mit à gigoter frénétiquement.

Les araignées tirèrent leurs toiles et couvrirent l'ogre qui, étouffé, tomba dans le tronc évidé de l'arbre. Une petite blessure du tronc retint son visage et, par cette fenêtre étroite, Jarod vit disparaitre son festin.

A jamais prisonnier, Jarod pleure à chaque printemps.

 

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Attraction universelle

Publié le par Moon6269

 

   Elle lui tendit la pomme qu'elle venait de cueillir sur l'arbre défendu dont les fruits accrochaient les rayons du soleil.

   Il allait la saisir quand il porta une main à sa poitrine, brusquement. Une douleur vive écrasait son cœur et hachait son souffle. Eve lâcha le fruit qui roula sous un buisson d'aubépine. Elle se précipita vers Adam.

   " Encore une de ses crises d'angoisse, pensait-elle. C'est tout de même la troisième de la semaine, il faut absolument qu'on trouve ces clés... "

En effet, Adam supportait mal de devoir avouer à Dieu, quand il rentrerait, qu'ils avaient égaré les clés du Paradis. Il les leur avait confiées avec un sourire empreint de sa bonté habituelle, en leur disant :

   -  Voilà, pendant quinze jours vous serez les maitres ici ! Nous partons tous visiter un de nos chantiers. Je vous confie la boutique, vous fermerez derrière moi.

    -  Attention au pommier, avait-il ajouté de loin, sans que le moindre doute n'ait l'air de troubler sa confiance éclairée.

 

   Ils avaient tourné les sept clés dans les sept serrures et avaient attaché le trousseau à la queue d'une créature bondissante qui passait par là... pour rire, juste pour entendre le bruit et suivre sa réaction. Elle avait d'ailleurs été vive la réaction ! La bestiole avait sauté un peu plus haut, un peu plus loin et, en quelques bonds, avait disparu.

   Depuis, ils avaient exploré le moindre recoin, retrouvé  la bête qui n'avait plus rien sur la queue, un peu déplumée par ailleurs, et qui ignorait le moment et l'endroit où elle avait perdu son trophée. Vexée par cette plaisanterie puérile, elle ne se montrait  guère coopérative.

 

   Dès le premier soir Adam eut sa première crise. Il pâlit et s'écroula. Eve dut trouver une méthode pour lui redonner vie. Elle en essaya plusieurs mais la seule qui se montra efficace consistait en quelques contacts assez vifs de la paume de sa main sur les joues de son compagnon, ce qu'elle trouva amusant.  Il ouvrit un œil , puis l'autre et exprima sa surprise concernant la situation. Il ne se souvenait plus de rien. Eve retraça l'histoire en quelques mots mais le soir tombé interrompit les recherches.

 

   La deuxième crise eut lieu après l'inspection minutieuse par les rampants de chaque brin d'herbe, et plaque de mousse, par les volants  de chaque arbre et colline, par les nageants de chaque ruisseau et lac, bref de chaque parcelle du Paradis par les créatures vivantes qui avaient toutes été mises en alerte et avaient gentiment offert leur aide.

Le plaisir qu'Eve prenait à expérimenter  les méthodes de réanimation fut alors terni par l'inquiétude qu'elle commençait à partager avec Adam. Elle ne se faisait pas vraiment de souci pour Dieu et les anges -ce n'était pas une porte qui allait les arrêter - mais l'événement n'allait-il pas entamer la confiance inconditionnelle que Dieu leur accordait ?

 

   Ils avaient ensuite attendu, impuissants, jusqu'à ce moment où Eve, pour tenter de distraire Adam de sa morosité avait eu l'idée de tester l'arbre défendu...

La connaissance qu'apportaient ses fruits ( Dieu leur avait expliqué qu'elle rendait les choses et les phénomènes comme transparents ) ne leur permettrait-elle pas de retrouver les clés ?

 

   Elle réussit à rattraper Adam avant qu'il ne touche le sol et lui caressa délicatement le visage, ayant oublié toute autre méthode. Ils en étaient là quand une clé tourna dans la première serrure, puis dans la suivante, et ainsi de suite jusqu'à ce que Dieu apparaisse, un pansement sur son beau front ridé. Il avait le trousseau à la main.

 

   -  Mes enfants, mes pauvres enfants... J'étais sur une nouvelle planète en train de mettre au point un mélange de gaz et j'utilisais comme d'habitude ma grande pince toute puissante quand un objet m'est tombé dessus. Gabriel l'a ramassé : c'étaient les clés du Paradis !

Il m'a soigné et nous sommes vite rentrés. Je crois qu'il s'en est fallu de peu que vous ne commettiez une bêtise irréparable...

   -  Mon Dieu, attendez, je vais tout vous expliquer, bafouilla Adam.

   -  Non mon fils, tout est de ma faute ! Sur ma pince, j'expérimentais un nouvel aimant qui devait faire en sorte que tous les êtres animés soient attirés par moi, enfin, vous voyez ? intéressés par moi... Ce n'est pas très concluant puisque seule les clés ont répondu à l'appel, mais un jour, j'y arriverai !"

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