nouvelle

Dernier homme

Publié le par Moon6269

(nuit de pleine lune)

 

Le dernier homme sur la Terre était assis tout seul dans une pièce. Il y eut un coup à la porte...

 

Tétanisé, lui qui avait bien compris que cette bombe à plasma ne pouvait avoir laissé beaucoup de vie sur la planète, il n'osait bouger. Il pensa que le vent avait soulevé un débris... Il resta assis triturant les cordons de sa combinaison. Il regrettait tellement son expérience... Bien sûr, ses théories étaient ainsi avérées mais avec qui partager ce triomphe maintenant ? Le prix de sa certitude était une épouvantable solitude.

 

Le bruit sur le devant du laboratoire se répéta. Cette fois, il sursauta !

Ce ne pouvait être une coïncidence. Il se leva, monta le bouton de volume du micro extérieur et entendit une sorte de souffle, comme un halètement... et un piétinement lourd.

Les caméras extérieures du laboratoire avaient été soufflées et seul le micro avait résisté. Il ne pouvait donc pas voir de quoi il s'agissait.

Le son qu'il entendait lui était pourtant familier mais la grande confusion dans laquelle l'explosion l'avait plongé l'empêchait de lier ce bruit à une quelconque réalité.

Il passa 4 ou 5 minutes à écouter et quand il comprit, incrédule, il se dépêtra de sa combinaison, passa sous le portique anti-radiations et ouvrit le sas. Il s'attendait à ressentir des effets secondaires, des fourmillements ou des maux de tête mais rien ne semblait se passer de tel. Il courut presque jusqu'à la grande porte, tourna le volant de déverrouillage et tira vers lui le lourd battant.

C'était bien ce qu'il avait supposé : un cheval se tenait là sur le porche bétonné, sellé, hagard et écumeux.

Comment diable avait-il pu survivre ?

Richard tenta de l'apaiser en tendant la main vers son chanfrein. L'animal recula brutalement prêt à se cabrer. Richard sifflota comme le faisait son grand-père à l'écurie. Le cheval tourna ses oreilles et sembla revenir à la conscience. Richard avança vers lui très doucement et lui flatta le col. Il lui fallut une demi-heure pour l'apprivoiser et, à ce moment-là, il put le monter. 

L'animal partit alors ventre à terre et Richard fut bien obligé d'oublier les belles attitudes apprises dans son enfance. Il se vautra sur le dos du cheval et accroché à la crinière, il ferma les yeux pour ne pas voir les obstacles qui fonçaient vers lui. Le galop dura très longtemps aux yeux de Richard qui pensait idiot de mourir maintenant d'une chute de cheval.

 

Mais la bête, épuisée sans doute, s'arrêta devant un autre bâtiment du campus, déserté de toute vie lui aussi. Richard descendit avec bonheur, étonné une fois de plus d'avoir survécu et s'approcha de l'entrée du pavillon. Il lut : Unité de Cytologie. Son cœur se mit à battre à toute allure tandis qu'il poussait la porte... Une idée venait de lui traverser l'esprit. Il entra dans les chambres froides qui avaient continué de fonctionner et trouva ce qu'il supposait être là : un grand container  cylindrique étiqueté  « stockage d'ovules ».

 

Une nouvelle série d'expériences allait être nécessaire mais lui seul serait le cobaye cette fois...

 

 

 

Défi #64 du Défi du samedi

 

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Le tableau de départ

Publié le par Moon6269

Il regardait le tableau des départs, adorant la valse des lettres et des chiffres qui tournent, des lignes qui se décalent, des destins qui s'abandonnent au moindre aléa de retard, d'annulation...

C'était sa table de roulette, le casino de son imagination, jetant les dés de l'envol comme on saute dans le vide.

 

Porte 43 : Katmandou : la ruée des taxis à la sortie du petit aéroport... la montée à pied vers Swayambunath... les personnages minuscules au bord des lampes à huile dans les temples... les sherpas et leur chargement disproportionné accroché au front par une lanière... les Gurkhas et leur couteau devant les entrées des banques... les femmes petites, courbées... le lassi à la mangue dans une échoppe de Durbar Square... les colliers tibétains et leur turquoises... le bruit, la fureur et la fumée des véhicules et la vache avançant paisiblement à contre courant...

 

Porte 21 : Stockholm : la ville survolée, presque invisible dans les arbres... l'eau partout, sans odeur et son  foisonnement d'herbes, de joncs, les taches claires des nénuphars... les rues sans fumeurs... le tac-tac-tac rapide des feux verts sonores pour les piétons...les supermarchés sans alcool... les fenêtres à ras les murs, sans encadrements ni retrait... les femmes aux cheveux blancs, beaucoup, fines... les blondes, le plus souvent décolorées...les magasins de décoration intérieure : blanc, acier, bois, lumière...

 

Porte 62 : Abidjan : la chaleur collante qui saisit à la descente de l'avion... les moutons maigres et longs, noirs et blancs sur le marché... les margouillats qui passent entre les pieds sur la terrasse d'un hôtel... les billets CFA doux d'usure, lessivés par les tambours des mains, odorants des échanges incessants... les sachets de liquide glacé qu'on suce par un trou au coin...les femmes opulentes en wax, volants, chaussures grandes pointures...les hommes qui lisent les titres des journaux par terre à l'étal...

 

Porte  17 : Marrakech : l'odeur de sable et d'épices mêlés... les portes sculptées si massives cachant des maisons de paradis... les femmes aux yeux noirs dans l'entrebâillement de leur foulard...

 

Porte 38 : Rio : les femmes dorées, presque nues sur les plages...

 

Porte 6 : ........

 

Sa tête tournait un peu dans ce tourbillon de souvenirs, car plus jamais il ne partirait au rendez-vous des femmes du monde... Son voyage sensuel avait stoppé net le jour de l'accident... le fauteuil roulant ne prenait plus l'avion...

 

photo prise sur le blog "Parler d'elles" destiné à faire connaitre des associations

qui défendent et protègent les femmes en Asie.

 

Exercice d'écriture proposé par la Petite Fabrique d'Ecriture

 

 

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A la faveur de l'automne

Publié le par Moon6269

-          « Oui l'érable, celui du square Paul Pic, je t'ai dit quand il n'aura plus de feuilles du tout... »

Amélie se souvenait de ce pacte passé avec Yvan. Tant de jours sans lui ! Tant de feuilles qui avaient d'abord poussé, verdit dans l'exubérance chlorophyllienne du printemps. Une vigueur insolente dans ce désert amoureux.

Yvan et Amélie, après une de leurs nombreuses disputes de la fin d'hiver, avaient décidé de laisser passer quelques temps sans se voir, sans aucun contact téléphonique ou épistolaire. Le vide qui devait leur permettre de tester leurs sentiments de façon radicale.

Attablés à la terrasse chauffée du Régent, où la cigarette était encore autorisée, serrant leur tasse de chocolat chaud dans leurs mains un peu gelées tout de même, ils s'étaient mis d'accord sur la forme de la séparation mais n'avaient pas réussi à fixer un délai.

C'était le lendemain qu'Yvan avait téléphoné (pour la dernière fois) et qu'il avait dit :

-          «  On doit tenir au moins jusqu'à ce que l'érable du square en face du Régent n'ait plus aucune feuille... »

Ils s'étaient si souvent embrassés sous cet arbre qu'Amélie avait sourit, repensant aux feuilles qu'elle avait mises sur le trottoir devant chez Yvan un matin, pour lui montrer qu'elle était passée. Un joli cœur vert, puzzle difficile de feuilles pointues retournées dans tous les sens. Il l'avait vu immédiatement en poussant la porte de l'allée, avait ramassé toutes les feuilles et les avait fait sécher entre ses dossiers.

Pendant l'été, Amélie s'était résignée au vert qu'elle observait sur la pointe des pieds par la petite fenêtre de sa salle de bain. Elle avait traversé les chaleurs en se disant que cette liberté retrouvée avait du bon, elle était partie avec une amie en vacances oubliant presque l'arbre.

Pourtant depuis septembre, elle regardait chaque jour la progression de l'automne dans le feuillage de l'érable. Une impatience nouvelle frémissait dans son corps et dans son âme.

De son côté Yvan s'était lassé de faire le détour par le square, chemin douloureux dans le manque d'Amélie. Il avait trouvé une solution commode en passant un pacte avec Brice, le serveur blond du Régent. Yvan appelait une fois par semaine et Brice, toujours un sourire dans la voix, lui décrivait l'arbre.

« Là il est d'un vert sombre, un merle est posé sur la branche la plus haute... »

«  Aujourd'hui, j'ai vu une feuille avec une trainée jaune autour des nervures... »

« Quelques feuilles virent au rouge... »

 

Yvan avait cherché sur le net des renseignements sur les érables mais il y en avait tant de variétés, il n'avait même pas reconnu le leur. Et puis rien ne disait quand les feuilles seraient toutes tombées.

Il avait découvert cette belle tradition japonaise appelée « momijigari » c'est-à-dire chasse aux érables. Les Japonais attendaient l'automne pour aller dans les forêts et les parcs admirer les arbres aux couleurs les plus flamboyantes. C'était comme les champignons chez nous, le contemplatif en plus, on ne révélait pas forcément aux autres les meilleurs coins. Il se disait que c'était là et à cette saison précise qu'il emmènerait Amélie en voyage quand ils auraient épuisé cette frustration.

 

Amélie avait vu s'accumuler les feuilles jaunes et rouges, grignotant progressivement la masse du vert. Elle pensait à ce petit amas de liège qui engorgeait les nervures et empêchait le vert de se propager. Elle savait que l'issue de cette lutte était la rupture du pétiole et la chute de la feuille.

Elle alla un matin ramasser les plus belles feuilles par terre. Elle les retournait, accroupie, sa jupe plongeant sur ses genoux fins, les talons de ses bottes écrasant quelques malheureuses. Un homme assis sur le banc la regardait. Amélie sentait son regard mais n'osait pas se retourner. C'était comme une brulure dans son cou, sur sa peau.

Elle leva les yeux vers les branches pour tenter de compter ce qu'il restait de feuilles à guetter. L'homme était là, près d'elle.

-          «  Vous allez les faire sécher ? »  dit-il avec un très beau sourire.

Amélie rougit, incapable de lui dire la vérité, ni de lui mentir. Elle se releva et partit en lui rendant simplement son sourire.

 

« Il doit en rester une centaine » disait Brice au téléphone.  « Courage, c'est bientôt terminé... »

 

Mais Amélie retournait au square chaque jour à la même heure et se baissait sous l'érable. L'homme était là aussi. Ils ne se disaient rien mais échangeaient regards et sourires.

Amélie se mit à compter les feuilles, priant pour qu'elles ne tombent pas trop vite.

exercice 67 de la communauté Ecriture ludique

proposé par Michel

et je vous conseille l'original de la chanson de Tété,

splendide ballade !

 

 

 

 

 

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Un pied jaloux

Publié le par Moon6269

La radio était allumée comme toujours - dans la maison, elle berçait, du creux ses flans rebondis de bakélite rouge, de son ronron permanent - et la petite fille brassait dans la grande boite métallique remplie de boutons.

Boite à biscuits qui allait habituellement s'empiler sur l'étagère avec la même remplie de rubans et fermetures éclair, avec la même remplie de bobines de fil et avec la même remplie de petits accessoires de couture.

Son attention était happée par les petits boutons noirs et brillants avec des facettes, elle les prenait un par un dans ses doigts et les faisait luire en les tournant dans tous les sens. Une chanson avait commencé et elle fredonnait doucement les paroles.

Elle la connaissait mais ne l'avait jamais vraiment écoutée dans le détail. « ...la la la la ...un pied jaloux.... » Comment un pied pouvait-il être jaloux ? Et jaloux de quoi ? De l'autre pied ? Alors il allait en douce lui donner un coup en marchant ou sous la table.

Il y avait un rapport avec les filles, avec un joujou dans la chanson et la petite avait bien compris qu'entre filles il y avait des histoires de jalousie et qu'à propos de joujoux également. Mais la plupart du temps, la jalousie, on le sentait dans sa tête, dans son cœur, et, pour elle, parfois dans les mâchoires qu'elle serrait très fort quand son papa prenait sa sœur sur ses genoux... mais pas tellement dans ses pieds.

D'ailleurs la chanson avait plein de paroles étranges qu'elle chantait comme une petite formule magique rituelle.

Soudain, dans la boite, elle aperçut un bouton rouge en forme de deux cerises reliées par une petite queue, elle l'attrapa en poussant les autres qui faisaient un joli bruit de brassage. Il était magnifique !

 

La chanson continuait sans qu'elle n'y accorde plus aucune attention...

« Moi j'ai un piège à filles, un pied jaloux, un joujou extra qui fait crac boum hue, les filles en tombent à mes genoux..... »

 

 

texte écrit pour l'exercice 62 de la communauté Ecriture Ludique

Expressions par Isa -Zabilou

 

la chanson de Jacques Dutronc "Les play-boys" date de 1966 et dit en fait :

"Moi j'ai un piège à fille, un piège tabou, un joujou extra qui fait crac boum hue,

les filles en tombent à mes genoux"

et pour ceux qui ne connaitraient pas vous pouvez retrouver la chanson ici

 

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Sous les rosiers

Publié le par Moon6269

Les yeux fixés sur l'écran ils regardèrent la machine démarrer dans un silence religieux.

Avec ses deux grandes lames étincelantes et sa petite hélice, elle ressemblait à une mante religieuse hi-tech et paraissait, comme elle, à la fois légère et redoutable.

Stéphane, cliquait des informations sur le clavier tandis que Laure suivait la trajectoire sur l'écran.

-          Continue, elle se rapproche du massif 7... Oui tout droit vers la « Gertrude Jekyll »...Parfait, elle a un bouton abimé un peu plus bas, on essaie ? Encore un peu plus bas, voilà, avance de 3 centimètres... Ouvre et vas-y ! Yeeeeeeeeees ! On a réussi !

Laure se jeta au cou de Stéphane pour le féliciter mais celui-ci se dégagea rapidement. Laure au comble de son enthousiasme ne parut pas remarquer ce dédain.

-          Tu te rends compte ? Deux ans de travail enfin récompensés ! Tu vas voir, on va cartonner avec cette machine !

Effectivement, deux ans avaient passé dans ce laboratoire où ils mettaient au point ensemble le robot à tailler les roses. Toute la difficulté avait consisté à résoudre l'équation d'une machine d'un poids raisonnable afin de lui permettre de voler sans trop de dépense d'énergie mais suffisamment puissante pour être capable de sectionner des rameaux de plus d'1 cm de diamètre.

Bien entendu, elle ne serait pas capable dans sa version actuelle de tailler un rosier liane avec ses très grosses épines mais pour toutes les variétés un peu fines, elle pourrait être parfaite.

Au laboratoire, elle avait réussi à faire le tour d'un « Constance Spry » et à'enlever un tiers des branches condamnées.

Mais aujourd'hui, c'était le premier essai en extérieur et tout avait fonctionné à merveille ! Un marché incroyable allait s'offrir à eux. Toutes ces dames un peu âgées qui n'arrivaient plus à refermer la main sur le sécateur, ou ces jardiniers cloués dans un fauteuil qui ne pouvaient plus arpenter leur jardin. En simplifiant le panneau de commandes, la machine serait à la portée de tout ce public avec des perspectives financières assez réjouissantes. Sans compter les déclinaisons possibles ensuite pour tailler d'autres végétaux, détruire les limaces, traiter à distance....

L'automate du jardin était né, Laure sautait de joie et Stéphane, plus en retrait, était animé d'un bouillonnement intérieur.

-          Si tu allais vérifier l'angle de coupe dehors, s'il te plait ? dit-il à Laure afin de la calmer.

-          Maintenant ? s'étonna-t-elle. Mais la nuit va bientôt tomber !

-          Vas-y, s'il te plait ! insista-t-il.

Laure enfila un coupe-vent, ses sabots de jardin et sortit en direction du massif 7.

Elle se penchait vers la « Gertrude Jekyll » qu'ils avaient sectionnée tout à l'heure quand elle entendit un petit bourdonnement familier qui arrivait derrière elle. Avec le sourire, elle se retourna pour voir ce que Stéphane faisait avec leur petit bijou et les deux lames s'enfoncèrent dans son cou avec douceur et fermeté !

Stéphane sortit calmement, tira le corps gargouillant avant qu'il ne tache la terre et le jeta au fond du trou qu'il avait creusé le matin même au pied d'un magnifique massif d'« Auberge de l'Ill ». Il reboucha le trou et cueillit une des splendides fleurs blanches piquée d'étamines dorées. Il rentra dans la maison et monta dans leur chambre afin de changer de vêtements.

Il referma la porte derrière lui, posa la rose sur sa table de chevet, et alla s'asseoir devant son ordinateur.

deuxième partie du DEFI

(exercice n° 60 ) de la communauté Ecriture Ludique

faire avant le 19 octobre 3 textes sur des consignes de la communauté auxquelles on n'a pas encore participé

J'ai donc choisi :

exercice n°8 début et fin  par Kildar

 

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