enfance

Attends !

Publié le par Moon6269

Pas encore !

Mon doigt nappé de brun emmène encore quelques gouttes jusqu'au bord de tes lèvres gourmandes.

 

Mon enfant, attends !

 

Encore un petite heure et ce sera une belle pommade avec son goût subtil d'agrumes.

Ton doigt trempé fera un petit sillon sur la surface brillante...

 

Dans deux ou trois heures, tu pourras mieux faire une petite boule à rouler dans le cacao...

Elle fondra  à nouveau dans tes paumes tièdes et impatientes.

Mais ce sera tout le plaisir de lécher tes doigts maculés.

 

Demain, elle aura pris tout son velouté, souple et odorante et quand je napperai la bûche, tu viendras encore voir si tu peux tracer les lignes du bois à la fourchette et surtout s'il n'y a pas une pointe de couteau enrobée à mettre prudemment sur la langue, et peut-être une dernière framboise oubliée.

 

Tu  n'arrives pas à retenir le mot bergamote mais le mot ganache, tu le sais depuis que tu as trois ans et tu attends Noël, cette année encore...

 

ganache_au_chocolat.jpg

 

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Un pied jaloux

Publié le par Moon6269

La radio était allumée comme toujours - dans la maison, elle berçait, du creux ses flans rebondis de bakélite rouge, de son ronron permanent - et la petite fille brassait dans la grande boite métallique remplie de boutons.

Boite à biscuits qui allait habituellement s'empiler sur l'étagère avec la même remplie de rubans et fermetures éclair, avec la même remplie de bobines de fil et avec la même remplie de petits accessoires de couture.

Son attention était happée par les petits boutons noirs et brillants avec des facettes, elle les prenait un par un dans ses doigts et les faisait luire en les tournant dans tous les sens. Une chanson avait commencé et elle fredonnait doucement les paroles.

Elle la connaissait mais ne l'avait jamais vraiment écoutée dans le détail. « ...la la la la ...un pied jaloux.... » Comment un pied pouvait-il être jaloux ? Et jaloux de quoi ? De l'autre pied ? Alors il allait en douce lui donner un coup en marchant ou sous la table.

Il y avait un rapport avec les filles, avec un joujou dans la chanson et la petite avait bien compris qu'entre filles il y avait des histoires de jalousie et qu'à propos de joujoux également. Mais la plupart du temps, la jalousie, on le sentait dans sa tête, dans son cœur, et, pour elle, parfois dans les mâchoires qu'elle serrait très fort quand son papa prenait sa sœur sur ses genoux... mais pas tellement dans ses pieds.

D'ailleurs la chanson avait plein de paroles étranges qu'elle chantait comme une petite formule magique rituelle.

Soudain, dans la boite, elle aperçut un bouton rouge en forme de deux cerises reliées par une petite queue, elle l'attrapa en poussant les autres qui faisaient un joli bruit de brassage. Il était magnifique !

 

La chanson continuait sans qu'elle n'y accorde plus aucune attention...

« Moi j'ai un piège à filles, un pied jaloux, un joujou extra qui fait crac boum hue, les filles en tombent à mes genoux..... »

 

 

texte écrit pour l'exercice 62 de la communauté Ecriture Ludique

Expressions par Isa -Zabilou

 

la chanson de Jacques Dutronc "Les play-boys" date de 1966 et dit en fait :

"Moi j'ai un piège à fille, un piège tabou, un joujou extra qui fait crac boum hue,

les filles en tombent à mes genoux"

et pour ceux qui ne connaitraient pas vous pouvez retrouver la chanson ici

 

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Grâces

Publié le par Moon6269

 

"Tout est Pur pour qui est Pur", m'avait dit le Père Alexandre, le bon prêtre qui m'enseignait le latin quand j'étais petit. Et j'ai traversé l'enfance dans l'élan de cette belle phrase. Le matin, je me la disais à la fin de ma prière, trille dérisoire avec ce qu'il faut de sonorités à un enfant.

 

Et le cadeau m'était fait, jour après jour, d'une vie de Pur.

Pas une épine, pas un chagrin, pas un manque.

Je traversais les jours tel un papillon inconscient, volant de jasmin en œillet, pensant qu'il n'existait rien au monde qu'un parfum sucré.

La nature m'épargnait des froids intenses et des grandes transpirations. Mon appétit se réjouissait des bons plats qu'on nous servait. Nulle menace ne grisait mes jours, ni mes nuits.

Mes amis avaient, comme moi la candeur de se réjouir d'une course dans les prés, d'un barrage de pierres dans le ruisseau et de petites flûtes taillées dans les roseaux.

Les adultes qui m'entouraient avaient les yeux brillants de bienveillance et un mot suffisait à me faire obéir tant on n'exigeait rien de démesuré.

Et puis ma mère sentait la vanille et m'enveloppait dans ses grands bras fins pour me faire tourner le plus vite possible et s'écroulait ensuite avec moi, étourdie et riant de notes claires.

 

Mais j'ai grandi, découvert le monde et sa noirceur et "aujourd'hui je confesse mes Grâces"

 

première partie du DEFI

(exercice n° 60 ) de la communauté Ecriture Ludique

faire avant le 19 octobre 3 textes sur des consignes de la communauté auxquelles on n'a pas encore participé

J'ai donc choisi :

exercice n°3 début et fin  par Shin Haiah 

 

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