meurtre

Sous les rosiers

Publié le par Moon6269

Les yeux fixés sur l'écran ils regardèrent la machine démarrer dans un silence religieux.

Avec ses deux grandes lames étincelantes et sa petite hélice, elle ressemblait à une mante religieuse hi-tech et paraissait, comme elle, à la fois légère et redoutable.

Stéphane, cliquait des informations sur le clavier tandis que Laure suivait la trajectoire sur l'écran.

-          Continue, elle se rapproche du massif 7... Oui tout droit vers la « Gertrude Jekyll »...Parfait, elle a un bouton abimé un peu plus bas, on essaie ? Encore un peu plus bas, voilà, avance de 3 centimètres... Ouvre et vas-y ! Yeeeeeeeeees ! On a réussi !

Laure se jeta au cou de Stéphane pour le féliciter mais celui-ci se dégagea rapidement. Laure au comble de son enthousiasme ne parut pas remarquer ce dédain.

-          Tu te rends compte ? Deux ans de travail enfin récompensés ! Tu vas voir, on va cartonner avec cette machine !

Effectivement, deux ans avaient passé dans ce laboratoire où ils mettaient au point ensemble le robot à tailler les roses. Toute la difficulté avait consisté à résoudre l'équation d'une machine d'un poids raisonnable afin de lui permettre de voler sans trop de dépense d'énergie mais suffisamment puissante pour être capable de sectionner des rameaux de plus d'1 cm de diamètre.

Bien entendu, elle ne serait pas capable dans sa version actuelle de tailler un rosier liane avec ses très grosses épines mais pour toutes les variétés un peu fines, elle pourrait être parfaite.

Au laboratoire, elle avait réussi à faire le tour d'un « Constance Spry » et à'enlever un tiers des branches condamnées.

Mais aujourd'hui, c'était le premier essai en extérieur et tout avait fonctionné à merveille ! Un marché incroyable allait s'offrir à eux. Toutes ces dames un peu âgées qui n'arrivaient plus à refermer la main sur le sécateur, ou ces jardiniers cloués dans un fauteuil qui ne pouvaient plus arpenter leur jardin. En simplifiant le panneau de commandes, la machine serait à la portée de tout ce public avec des perspectives financières assez réjouissantes. Sans compter les déclinaisons possibles ensuite pour tailler d'autres végétaux, détruire les limaces, traiter à distance....

L'automate du jardin était né, Laure sautait de joie et Stéphane, plus en retrait, était animé d'un bouillonnement intérieur.

-          Si tu allais vérifier l'angle de coupe dehors, s'il te plait ? dit-il à Laure afin de la calmer.

-          Maintenant ? s'étonna-t-elle. Mais la nuit va bientôt tomber !

-          Vas-y, s'il te plait ! insista-t-il.

Laure enfila un coupe-vent, ses sabots de jardin et sortit en direction du massif 7.

Elle se penchait vers la « Gertrude Jekyll » qu'ils avaient sectionnée tout à l'heure quand elle entendit un petit bourdonnement familier qui arrivait derrière elle. Avec le sourire, elle se retourna pour voir ce que Stéphane faisait avec leur petit bijou et les deux lames s'enfoncèrent dans son cou avec douceur et fermeté !

Stéphane sortit calmement, tira le corps gargouillant avant qu'il ne tache la terre et le jeta au fond du trou qu'il avait creusé le matin même au pied d'un magnifique massif d'« Auberge de l'Ill ». Il reboucha le trou et cueillit une des splendides fleurs blanches piquée d'étamines dorées. Il rentra dans la maison et monta dans leur chambre afin de changer de vêtements.

Il referma la porte derrière lui, posa la rose sur sa table de chevet, et alla s'asseoir devant son ordinateur.

deuxième partie du DEFI

(exercice n° 60 ) de la communauté Ecriture Ludique

faire avant le 19 octobre 3 textes sur des consignes de la communauté auxquelles on n'a pas encore participé

J'ai donc choisi :

exercice n°8 début et fin  par Kildar

 

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La rameuse

Publié le par Moon6269

Il était très tôt et le canal n'avait pas ôté son écharpe de brume. Elle-même avait eu du mal à enfiler son cuissard noir. L'idée d'avoir les jambes nues l'avait fait frémir même si elle savait que le froid l'oublierait aux premiers mouvements. Elle épaula son skiff et sans vaciller alla jusqu'au ponton, sur lequel elle avait déjà posé ses pelles. Elle le retourna avec aisance sur l'eau, geste si souvent répété depuis qu'elle préparait les championnats de France. Il lui fallait ramer tous les matins avant d'aller travailler pour avaler les kilomètres nécessaires à son maintien au meilleur niveau. Elle accrocha ses pelles dans les dames de nage, posa un pied dans le bateau et poussa de l'autre sur le bord du ponton pour éloigner son bateau tout en s'asseyant sur la coulisse. C'était chaque jour une douceur de se lancer sur l'eau paisible de l'aube, de ne créer qu'un tout petit trou dans l'eau quand les pelles attaquaient la surface, et de se sentir alors aussi légère qu'une araignée d'eau.

Le canal n'était pas très large et elle frôlait la rive gauche à l'aller. Parfois un rat filait sur le bord à son passage, agitant les roseaux de son battement de queue. Plus rarement les cygnes la surprenaient par leur masse blanche jaillissant dans son champ de vision par le côté.

Mais progressivement, elle oubliait le décor, qui se maintenait pourtant dans la paix de sa respiration, pour se concentrer sur sa technique, elle allongeait le mouvement, jouant de la puissance de sa poussée sur les cale-pieds. Son équilibre n'avait aucune défaillance, l'attaque dans l'eau était propre. Elle ne voyait pas où elle allait bien entendu, mais elle sentait les bords et se maintenait à distance régulière.

Au loin, la vie naissante grignotait le silence.

Elle cadençait maintenant, par volonté de monter au maximum de sa vitesse, dans une poussée de la pulsation cardiaque qui contrastait avec l'indolence de l'eau, mais sans perdre son allonge. Le bouillon des pelles était plus sonore, plus rythmique, petite révolte régulière contre le courant.

Elle s'efforçait de tenir au sommet plus longtemps que la veille quand le coup de feu claqua, venu de la rive la plus éloignée. En même temps qu'elle vit un beau colvert s'envoler dans un battement d'ailes lourd, elle sentit son corps piqué en toutes parts d'aiguilles rouges et lâcha une de ses pelles tandis que l'autre s'enfonçait dans l'eau. Sa main droite se porta à son visage ensanglanté tandis que le bateau chavirait.

Quinze minutes plus tard, François, qui venait s'entrainer, vit passer devant le ponton un skiff retourné.

(exercice 59) sur une proposition de Michel

de la communauté Ecriture Ludique

photo de Sylvain Lagarde "The miracle was a fake"

 

 

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