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Décollages

Publié le par Moon01

Ce serait près d’un hublot dans le grondement des moteurs, les bruits non identifiés qui en effraient plus d’un, les panneaux des ailes changeant de position.
Je serais parfois seule, parfois avec mon fils, parfois avec une amie, parfois avec un amoureux. 
J'aurais oublié les annonces du personnel et ce vilain plastique tout autour. J'aurais oublié mes genoux qui touchent le siège de devant. 
Je serais toute à ma joie des départs, des retours, des aventures, des retrouvailles. Je serais aussi à ma joie de faire découvrir à mon fils le bonheur du voyage tant et tant qu'il deviendrait plus voyageur que moi.
 Je serais indifférente aux angoisses visibles d'autres passagers, à la main blanchie d'une voisine qui agrippe celle de son mari. 
Ce serait ce jour, hier et à chaque fois, par tous les temps, de jour comme de nuit. 
Je serais en tension, en attente, les sens gommés par le déchaînement mécanique. Ce serait unique à chaque fois et oublié en même temps. Je penserais parfois à la mort, à l'accident, sans inquiétude me disant que ce ne serait pas la pire. 
Et le roulement se ferait plus rapide le son des moteurs tirant sur l'aigu. Et l'horizontale disparaîtrait de mon cerveau, le corps changerait de densité tandis que les roues quitteraient la piste, comme aspirée par le sol qui s'éloigne. La terre la vie rapetisserait autant que mon bonheur grandirait. Comme dans la baie de Hong Kong en pleine nuit, je verrais les bateaux de venir points étoilés, les îles devenir des rochers piqués de lumière. Ou en partant vers le nord, je verrais briller les miroirs des étangs de la Dombes.
Je serais partie, pour où, peu importe, les nuages apparaîtraient et leur soleil permanent et alors je retrouverais l'avion et ses gens.

 

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