Insomnie
Dès la première minute, elle sut que le sommeil l'ignorerait.
D'abord les pieds froids qui relevaient odieusement la chaleur du reste du corps, le matelas, dur ce soir là.
La lumière avait usé ses yeux mais elle lui manquait à présent.
La journée passée défilait en un immense entrelacs : des instants sans épaisseur, linéaires, dans toutes les directions.
Son dos lançait des pointes vers le lit qui lui répondait méchamment : la position n'était pas bonne. Elle vira. Ses jambes, maintenant brûlantes, exploraient les diagonales du territoire : croisées, répandues, repliées, enroulées dans le drap.
Le poids, c'était bien sûr le poids des couvertures qui était insupportable.
Demain, il faudrait passer prendre de l'essence. Mais la voiture avait callé au feu rouge. La conductrice à côté avait des lunettes noires... Que faire cet été ?... L'année dernière l'avion... Mais l'argent où le trouver ?
L'oreiller trop épais pour être mis sous la nuque, pas assez pour maintenir son cou droit quand elle était sur le côté. Elle tira le drap très haut sur sa tête.
Peut-être le store laissait-il encore passer trop de lumière ?
Comment pouvait-elle respirer avec ce masque sur le visage ? Le tissu lui collait aux narines à chaque inspiration.
Tout dans son cerveau bouillant devenait sombre. C'était une heure où le beau et le doux avaient fui.
Sa peau fourmillait par vagues... fièvres électriques...
Elle se demanda si elle devait faire des exercices de décontraction : ceux qui sortaient son esprit du gouffre et glissaient son corps dans une lente liquéfaction béate.
Non, elle était trop fatiguée pour faire preuve de volonté, trop fatiguée pour trouver les moyens de dormir.
