Vent de sable

Publié le par Moon6269

L’horizon Est, léché par des langues nuageuses blanches, sonne l’alarme.

La fourmilière grouille. Tout ce qui n’est pas planté, fixé, enraciné est mis à l’abri.

En quelques minutes, comme une vague irrémédiable, la masse de sable s’avance en rougissant. Les poumons se contractent à la pensée de ce flot poussiéreux.

Là-bas, le paysage souffre, qui est déjà englouti.

Les phrases pieuses exorcisent les souvenirs de catastrophes anciennes.

On joue avec la peur en restant le plus longtemps possible dehors.

A quelques mètres de nous, visible, palpable… le vent.

Enfin on se place dans un coin de la maison, protégé par un foulard, tapi dans l’air qui va disparaître.

Tout est fermé, l’obscurité accentue le poids du moment.

Quelques secondes encore les fentes de la porte nous permettent d’espionner l’extérieur. Puis, plus rien…dehors aussi il fait noir…

… Et la poussière arrive, dans les yeux, entre les dents Qui s’entrouvrent à la recherche d’oxygène, dans la poitrine qui s’affole.

On parle pour que les mots soient plus forts que les secondes…

Les enfants crient…

Des lueurs rouges accrochent nos yeux à la porte. C’est le monde du dehors qui saigne sous le vent. Ce sang ? La lumière qui se déchire une place entre les grains de sable.

Le nom de Satan parcourt les lèvres superstitieuses, effacé par une prière furtive.

On ne parle plus. On pense au petit berger dans la brousse, au troupeau qui, agglutiné, n’oppose à la tempête que son échine faible. Pourtant, on n’entendrait pas même une plainte. Toute matière hurle au vent sa résistance.

 

Après, le jour s’impose. Les rais de la porte sont à présent ocres, couleur d’apaisement.

L’effervescence se dissipe, à regret.

On tente d’ouvrir la porte. Dans un sursaut de colère, le vent la repousse violemment, nous jetant au visage une lame de sable.

Les enfants, ivres d’émotion, parviennent à sortir et, suffoquant de leur légèreté, ignorent les cris de leur mère inquiète.

Chacun sort, fait le tour de la maison, de la concession, du quartier, pour faire le bilan.

 

Aujourd’hui encore, le désert s’est approché…

 

 

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photo : Christine Delpal

 

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